«J'ai récupéré tout ce que j'avais en stock et je règle mes comptes avec toutes mes références…»...
Humeur: «Le Ruban blanc » de Haneke, palme d'or au dernier festival de Cannes est en sortie nationale depuis mercredi et … absent...
Plus d'infos sur ce film
Marie-Aimée BONNEFOY
Dans «Partir» de Catherine Corsini, Yvan Attal est un mari trompé dont...Marie-Aimée BONNEFOY
A78 ans, Clint Eastwood accepte encore les défis - «S'il y a compétition, je ne vois pas pourquoi je n'y participerais pas», disait-il à Cannes en mai dernier. Il espérait alors une récompense pour «L'échange» que certains festivaliers étaient d'ailleurs prêts à lui accorder.
Pourtant, rien au palmarès. Eastwood a dû repartir aussi déçu que pour «Mystic River» en 2003, convaincu que, décidément, Cannes ne le reconnaîtrait jamais. Et Angelina Jolie, montant les marches, enceinte de ses jumeaux, n'a rien changé à la décision d'un jury présidé par Sean Penn.
Pourtant, avec cet «Echange», un peu trop classique et rétro sans doute pour la Croisette, Eastwood n'a pas démérité. Il y relate, avec cœur et engagement, un authentique fait-divers.
Sobre et intense
A la fin des années vingt, un enfant de neuf ans élevé par une mère célibataire, disparaît. Fugue, rapt, crime ? Quelques mois plus tard, la police présente à la mère un garçonnet qu'elle ne reconnaît pas comme son fils. Ne voulant pas mettre à jour leur incompétence et se désavouer devant la presse, les inspecteurs chargés de l'enquête vont, dès lors, faire subir un enfer à la récalcitrante: intimidations ignobles puis enfermement dans un hôpital psychiatrique. Mais rien ne vient à bout de la détermination de cette femme qui sera aidée dans son combat par un pasteur, incarné par John Malkovich, en guerre contre la corruption du système...
Il y a d'abord dans cet «Echange» un véritable suspense et une réelle émotion. Dans la détresse et la force de cette mère privée de son enfant, Angelina Jolie est sobre et intense, prouvant une fois encore, après «Un cœur invaincu», son intérêt pour les rôles de résistantes.
Mais l'intérêt de ce film est aussi historique, voire politique. A travers cet invraisemblable fait-divers, Eastwood dénonce le fonctionnement d'une administration corrompue - celle des années vingt ou implicitement celle d'aujourd'hui. Et l'on aime retrouver chez lui ce militantisme, même s'il est ici un rien manichéen.
Enfin, vient évidemment le plaisir de la reconstitution. L'époque se prête à des images soignées et élégantes. Eastwood, jamais ostentatoire, prend son temps - le film dure plus de deux heures - et, comme à son habitude, saisit avec soin la lumière et les cadrages, cultivant d'efficaces métaphores visuelles.
Sans doute ses admirateurs lui reprocheront-ils une mécanique un peu plus sage qu'à l'accoutumée et un académisme très hollywoodien. Mais le grand public va suivre avec plaisir et émotion.
«L'échange», de Clint Eastwood, avec Angelina Jolie et John Malkovich.